LA MALADIE DE LA MORT

MARGUERITE DURAS

avec au saxophone : Anne LECAPELAIN



Un homme est là, apparemment seul dans une chambre. Dans ses mains il tient des feuillets. Vient-il d’écrire ce texte ? Est-ce une dernière répétition avant la confrontation décisive ou une missive qu’il s’apprête à expédier ?
Il ne s’adresse pas directement à la femme qui le préoccupe ; mais un autre lui-même, avec une élégance presque précieuse, ― si peu familier, le vouvoiement est de rigueur !― décrit les gestes qu’il fait, les phrases qu’il prononce, les pulsions qui s’emparent de lui... Cet autre le surveille et lui indique la marche à suivre… si jamais il devait dévier !

La femme est allongée sur un lit. Elle dort peut-être. L’homme s’approche. Il la regarde. Il veut tout regarder d’elle. Il s’assoit sur le lit et lui parle. Elle va devoir l’apaiser, le guérir. Il a payé pour ça.

C’est un texte sur le désir, sur la solitude, sur l’amour, et la tentative improbable de se rapprocher de l’autre.
Si l’expérience échoue, l'incapacité d’aimer dans ce cas équivaut à la mort.
L’autre est toujours trop loin pour entendre et pour saisir le trop plein de mots ( de maux…) et de tendresse qui débordent.
La mort, dans ce cas, intervient à cause de l’impossibilité d’aimer.
L’inaptitude à l’amour conduit inévitablement à la mort.
Celui qui n’aime pas porte en lui sans le savoir sa mort prochaine. Faire semblant et se payer d’artifice n’y change rien.
C’est dans la brûlure de l’amour qu’il convient de vivre ; si l’on s’en montre incapable ou inadapté, il vaut mieux renoncer à être et disparaître.

Le saxophone traverse ce dialogue à la manière d’un vent brûlant qui tour à tour attise, dévoile ou enveloppe des émotions trop lourdes à porter. Sans concessions.
Un trop-plein d’énergie qu’il devient urgent d’évacuer.

Quelques mots de présentation…

Ce texte est une confrontation entre un homme et une femme à forte résonance érotique.
Il se donne avec la complicité d’une saxophoniste.
C’est une « lecture-spectacle ».
Je tiens à lire -fidèle en cela aux indications de l’auteur- comme quelqu’un qui revit une histoire qu’il a vécue douloureusement, et qui lit ce qu’il vient d’écrire même si ces phrases-là, à force d’être articulées et précipitées, arrivent naturellement ; une mise en espace précise s’articule au fur à mesure que l’action concentrée dans le souvenir et le vécu de l’individu se déploie.
Le travail du saxophone exécuté ici par une jeune femme blonde est une autre voix du texte, la part cachée et obscure ; la musique n’est pas un contre-poids aux paroles. Souvent elle se substitue aux mots, quand la souffrance, la douleur sont trop grandes pour poursuivre ou achever un dialogue. Nous avons fait avec Anne Lecapelain un travail passionnant ; un travail où surgit, incandescente, la musique de Philipp Glass; c’est une musique qui parfois rend les mots insoutenables, et curieusement parfois les adoucit. ..



Durée : 1h 05