LES EROTIQUES D'ARAGON

Le con d’Irène
Les aventures de Jean Foutre la bite



Tout ce qui s’oppose à l’amour sera anéanti s’il ne tient qu’à moi…

L’ouvrage Le Con d’Irène fut publié sous le manteau, et sous ce titre éloquent, en 1928. Considéré d’emblée comme un chef d’œuvre de la littérature érotique par des auteurs comme Paulhan ou Camus, il ne reçut jamais officiellement de paternité du vivant de son créateur.
Ecrit vraisemblablement vers 1926/27 –période qui vit également la rédaction de l’immense opus La Défense de l’Infini qu’il devait presque entièrement détruire par le feu— Le Con d’Irène est une œuvre à part dans la production littéraire d’Aragon.
Composé de 12 courts chapitres, il permet à la prose aragonienne de se développer dans toute sa magnificence et sa diversité.
Mêlant les élans lyriques aux descriptions prosaïques, et qui retournent souvent en parodie bouffonne quelques poncifs traditionnels de la geste érotique habituelle.
L’écriture forcément poétique se déploie au fil des regards, des rencontres, des corps ; de la circulation du désir entre les êtres : lieux troubles, frémissements sensuels, paroles retenues …
Grand texte érotique et poétique, Le Con d’Irène est aussi un grand texte tragique, désespéré, hanté tout au long par le malheur d’aimer ou de mal aimer… Mais au-delà de tout, c’est d’abord une fête, prodigieuse, ébouriffante, authentique, joyeuse ; une fête des mots, une fête de la littérature, que seul un immense écrivain pouvait nous offrir.

Jeunes bourgeois, ouvrier laborieux, et toi, haut fonctionnaire de cette République, je vous
permets de jeter un regard sur le con d’Irène.
Ô délicat con d’Irène !

« Si tu publies ça, les gens diront à nouveau que tu es génial ! » s’écria André Breton, à l’issue d’une lecture que fit Aragon de cette nouvelle Les Aventures de Jean Foutre la Bite en 1930. Et en effet le texte est somptueux. Il a tout le panache, le brillant, la truculence des textes de cette période que couvrent les années 20, toute la période surréaliste.
Liberté de ton, liberté de parole, revendiquée et assumée. Ecrits d’un jeune homme en colère.
Ce texte a peut-être trouvé son inspiration dans "Les onze mille verges" d’Apollinaire, mais plus sûrement dans "Le Nez" de Gogol que le groupe surréaliste plaçait au-dessus de tout.
Métaphores quotidiennes, allégories sociales, bouffonnerie, truculences, personnages grotesques, images urbaines, le récit se déploie autour de la figure centrale de La Bite, de ses tribulations et rencontres multiples dans Paris. La ville en forme le décor idéal, par ses rues, ses trottoirs, ses bistrots, ses figures singulières, sa géométrie, comme une obsession constante des surréalistes où elle se substitue et se confond avec le corps humain, ses méandres, ses bas-fonds, ses lieux interdits…
L’humour est l’argument principal de ce récit, humour corrosif, chargé de tout ce que la littérature érotique peut produire de plus évocateur, d’une invention constante, mouvement continu, haletant, comme une musique aux sons détonants et subtils.

Elle s’était nouée comme une simple cravate autour de La Bite et allait et venait de bas
en haut et de haut en bas à la façon d’un anneau épileptique tout au long du membre
gigantesque dont elle semblait fortement éprise. …
Les jambes étaient tout à fait à leur avantage dans ce genre d’exercice, cela leur allait merveilleusement…



Durée : 1h 05