LES VILLES INVISIBLES

Italo CALVINO



Il vient à l'homme qui chevauche longtemps au travers de terrains sauvages, le désir d'une ville…
talo Calvino


Le Grand Khan, empereur de toutes les Chines, et Marco Polo, voyageur ailé sur toutes les galaxies, s’entretiennent en de longs conciliabules : apartés, dialogues, chuchotements… presque un complot entre deux vieux complices. Il est question de voyages dont Marco Polo doit rendre compte… et de villes lointaines qu’il faut bien connaître avant de s’y perdre…

L’un voudrait tout apprendre parce qu’il possède tout et l’autre qui a tout connu, tout traversé, réinvente tout… pour le seul agrément de celui qui écoute.
L’un s’enrichit des récits de l’autre ; l’autre se grandit par sa capacité à captiver son interlocuteur, à l’envoûter. Le mythe des Mille et une nuits n’est pas loin…

Ces villes – imaginaires ? – ne sont décrites que parce qu’elles n’existent peut-être pas encore, ou seulement à l’état embryonnaire. Ou alors ont-elles déjà existé, comme témoignage d’une utopie que les hommes auraient engendrée et que le temps – ou eux mêmes ? – aurait détruites…
Ces villes qui toutes portent un nom de femme… on ne sait à quel passé ou quel présent elles appartiennent, porteuses de promesses et d’envoûtements…

C’est bien l’Imagination qui est ici au pouvoir. Ce Marco Polo-là a-t-il seulement dépassé les remparts du Palais qui se dressent devant lui ?

On reste confondu par la puissance évocatrice, la force imaginative, la poésie flamboyante, sans cesse renouvelée, que ces courts récits renferment, comme autant de métaphores sur le temps, l’espace, la mémoire…
Qui pourrait y résister ?
Qu’on soit Empereur de Chine ou fervent caudataire du génie humain !


"J'ai vécu de désert en désert, ayant dans ma mémoire le récit de voyageurs rencontrés qui avaient traversé les pays légendaires des villes. Là, paraît-il, on n'est pas seul. Je n'ai jamais vu de ville, ce doit être bien étrange."
Aragon      Le Mauvais Plaisant




Durée : 1h 05